Hœdic

By CR

Parfois localement écrit Hoëdic, cette île française granitique se trouve dans le golfe de Gascogne, au bord de l’océan Atlantique, au sud de la Bretagne, dans le département du Morbihan. Elle constitue une commune et, de même que l’île de Houat, elle appartient au canton de Quiberon. Elle fait aussi partie des îles du Ponant.

Ses habitants sont appelés les Hœdicais.

À la fin du 3è siècle, elle fut désignée sous le nom d’Arica dans l’Itinéraire d’Antonin, parfois écrit Atica, pour une raison non élucidée. En 1483, elle fut nommée Hudic dans Le Grand Routtier et Pillotage de Pierre Garcie Ferrande, marin français, considéré comme le premier hydrographe français.

En breton, elle s’appelle Edig, signifiant « le caneton ».

Histoire :

Les fouilles archéologiques de 1933 menées par Marthe et Saint-Just Péquart, industriel, archéologue et préhistorien français, révélèrent quelques foyers et 9 tombes mésolithiques, datant 5500/5000 ans av. J.-C., soit la dernière période des peuples chasseurs-pêcheurs-cueilleurs sur l’île. Des amas coquillers permirent la conservation des ossements de 14 individus et de définir le régime alimentaire de ces populations, largement basé sur les ressources halieutiques. La typologie de ces sépultures est proche de celles de l’îlot de Téviec, au large de Quiberon. Les défunts étaient ensevelis avec des silex taillés, des pendentifs, des colliers de coquillages, des outils en os et des ramures de cerfs encadraient certains corps.

Des campagnes de fouilles de l’alignement mégalithique de Groah Denn, au nord de l’île, près du port, menées depuis les années 2000, permirent la découverte de sépulture circulaire, d’ateliers de débitage lithique, ainsi que des dépôts lithique et céramique.

Vers 5000 av. J.-C., soit au début de l’ère néolithique en Bretagne, l’île faisait déjà partie d’un système insulaire avec l’île de Houat, séparée du continent par le passage de la Teignouse. Vers 3500 av. J.-C., elle se sépara progressivement de l’île de Houat à cause de la remontée du niveau marin. L’île conserve de cette époque de nombreux vestiges, dont un système d’alignements de menhirs, comme Paluden, pointe du Vieux-Château, Graoh Denn, Douet, entre autres, des tertres du Néolithique moyen 1, quelques menhirs, dont celui de la Vierge, Pierre couchée, et plusieurs dolmens, ceux de la Croix, de Port-Louit, de Beg Lagad, du Télégraphe, entre autres.

Daté du 2è et 1er siècle av. J.-C., fin du Second Âge du fer, un atelier de production de sel fut révélé, accompagné d’espaces à vocation domestique, à Port-Blanc. La découverte de ce site en 2004 attesta ainsi la présence gauloise sur l’île.

L’existence d’un camp romain, un oppidum de type éperon barré, habité aux 2è et 3è siècle situé à la pointe du Vieux-Château, au nord-ouest de l’île, fut avérée après une série de fouilles dans les années 1880-1890.

Comme la plupart des îles bretonnes à cette époque, elle fut aussi un lieu occupé au départ de façon intermittente. Ce ne fut qu’à partir du 10è siècle que la présence d’un habitat permanent fut attesté. Selon la tradition, le moine Goustan l’aurait abordé à cette période et l’aurait bonifiée.

Vers 1400, des pirates la ravagent, ainsi que l’île de Houat.

Au 16è siècle, au même titre que sa proche voisine, elle fut victime de la convoitise des flottes espagnole et anglaise. Elle fut occupé à plusieurs reprises par ces puissances étrangères.

Le 20 novembre 1759, lors de la guerre de Sept Ans, les rochers des Cardinaux, à son sud-est, donnèrent leur nom à la bataille navale des Cardinaux que l’escadre britannique de l’amiral Edward Hawke remporta sur une escadre française venant de Brest. Celle-ci devait rejoindre une importante flottille de transport rassemblée derrière la presqu’île de Quiberon pour transporter un corps expéditionnaire qui aurait débarqué en Écosse. Les trois quarts de la flotte française purent s’échapper et se réfugier dans différents ports bretons, mais cette sévère défaite interdit au comte, puis duc de Choiseul de porter la guerre en Grande-Bretagne. Elle fut un tournant décisif de la guerre, coupant la France de son vaste empire colonial, comprenant les Antilles, la Nouvelle-France et les Indes orientales, qu’elle perdit au profit de l’Angleterre lors du traité de Paris de 1763.

En 1790, elle fut annexée par la commune de Le Palais, située sur l’île de Belle-Île-en-Mer.

De 1786 à 1820, Jean Marion fut curé de l’île, puis devint l’unique autorité des deux communautés insulaires d’Hœdic et de Houat, lorsque son confrère de Houat fut emporté par le choléra en 1795. Doté d’une forte personnalité, il sut se faire adopter par les habitants qui vivaient de pêche, d’élevage et de culture, dans un extrême dénuement et œuvra en leur faveur, créant notamment une « cantine », disposant du monopole de la distribution des produits acquis sur le continent grâce au « canot du recteur ». Ses œuvres de littérature religieuse en langue bretonne lui valurent aussi une renommée durable. En 1795, le comte d’Artois, futur Charles X, vint sur l’île lors de l’expédition de Quiberon.

En 1815, les deux communautés insulaires furent mises en quarantaine par le sous-préfet pour contrebande.

De 1815 à 1825, les habitants des deux îles élaborèrent une charte, dite charte d’Hoëdic, qui tint lieu de constitution à ces petites républiques insulaires. Rédigée en 1822, elle imposa l’existence d’un conseil des sages, des anciens, formé de douze membres et présidé par le recteur qui était chargé de son application. Cette charte en 32 articles explique dans son préambule : « La charte protège le faible contre le fort », elle « fait tout concourir au bien général, parce qu’il n’y a rien de plus funeste et de plus odieux que la recherche exclusive d’un intérêt privé ». Ce système fonctionna jusqu’en 1892.

De 1822 à 1892, les recteurs continuèrent d’exercer leur autorité administrative, judiciaire, religieuse et économique avec le consentement du conseil municipal et du maire qui en faisaient parfois leurs secrétaires. Les recteurs mirent en place un fonds coopératif, soit La Grosse, qui soutenait les investissements et les campagnes de pêche. Ils eurent les rôles de juge et de marchand, dont le magasin général ouvert à la population nommé ainsi la « cantine » permettait de substantiels profits retournés sur forme d’avances de trésorerie aux équipages. En 1863, l’île obtint une franchise fiscale. La « cantine » fut exemptée des droits de débit. Saint-Just Péquart parle d’ailleurs pour cette époque d’une véritable « dictature des recteurs » qui interdisaient toute venue de vin sur l’île, afin de lutter contre l’alcoolisme, et aux femmes de moins de trente ans de se rendre sur le continent, par exemple.

En 1883, le préfet du Morbihan réforma le Conseil des îles, dont faisait partie Hœdic, pour en républicaniser la composition.

En 1891, l’île fut détachée de la commune de Le Palais pour devenir elle-même une commune. L’année suivante, la dite charte fut abandonnée et le recteur perdit sa fonction administrative et temporelle avec l’élection du premier maire.

En 1853, l’église Notre-Dame-la-Blanche fut construite sur un petit monticule un peu à l’écart du bourg, afin qu’elle soit visible de la mer, et en remplacement de l’église précédente, Notre-Dame-des-Neiges, qui avait été brûlée par les Anglais. Elle est typique des églises rurales de la seconde moitié du 19è siècle, dont sa voûte bleue est parsemée d’étoiles. Elle renferme de nombreux ex-votos, en particulier celui du thonier Barque-d’Yves qui fit naufrage en 1951 sur les rochers de Roc’h Melen au sud du port de la Croix.

Un monument aux morts présent sur l’île porte les noms de 11 soldats et marins morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale.

En 1943, afin d’éviter aux jeunes menacés par les réquisitions du service du travail obligatoire, le recteur Conan reconstitua une activité de fabrication de soude par brûlage du goémon. L’armée allemande y fut peu présente. En 1941, un détachement resta un mois pour servir une artillerie anti-aérienne. En 1945, une escouade arriva de Belle-Île-en-Mer dans le seul but de piller des vivres.

Dans les années 1970-1980, la pêche locale connut un regain. Une quinzaine d’unités de pêche, employant près du triple de personnes, à terre comme en mer, existaient. Aujourd’hui, son port rassemble bien moins de chalutiers que son homologue houatais. Ses paysages enchanteurs permettent de compenser ce manque par un tourisme encore limité. Elle est l’une des deux étapes majeures de la « Bar à Bar », une régate ayant lieu du Corlazo à Conleau, à Vannes, à La Trinquette, au-dessus du port d’Argol.

L’activité agricole y avait disparu, mais un éleveur s’installa en 2005 sur 20 hectares de surface agricole utile.

Elle compte deux monuments historiques protégés :

– Le menhir de la Vierge, situé à 200 mètres à l’est du bourg, d’une hauteur de 4 mètres, et le plus important de l’île. Il fut christianisé par l’ajout d’une croix de fer, régulièrement foudroyée, disparue aujourd’hui. Il fut classé au titres des monuments historiques en 1926.

– Le fort Louis-Philippe, situé au centre de l’île, fut décidé en 1846, puis construit entre 1847 et 1853 dans l’éventualité d’une attaque britannique. En 1881, il hébergea la première école laïque de l’île, puis fut vendu en 1892 à une société de production d’iode qui l’occupa jusqu’en 1930. Racheté par le Conservatoire du littoral en 1979, il fut ensuite inscrit à l’inventaire des monuments historiques en 2000. Il fut restauré en 2018-2019.

D’autres monuments secondaires s’y trouvent :

– Le phare des Grands Cardinaux de 1879, au large de sa côte est, aujourd’hui automatisé.

– Le vieux port, à 500 mètres au sud du bourg, construit à l’initiative du recteur Rio au milieu du 19è siècle. En 1865, il fut profondément remanié par les ponts et chaussées qui lui donnèrent son aspect presque définitif. Le môle principal fut constitué d’un remarquable assemblage de granit de taille. Une seconde jetée à l’est vint fermer la baie dans les années 1930, celle-ci étant aujourd’hui partiellement détruite afin d’éviter l’ensablement. Appelé aussi Port de la Croix, en référence au calvaire qui le domine, il était davantage exposé aux houles que la côte nord et son accès était et demeure délicat. Lorsque le nouveau port, le Port Saint-Goustan, fut construit, les derniers pêcheurs qui le fréquentaient encore le désertèrent assez vite. Il demeure cependant un abri sûr pour celui qui désire vraiment y amarrer son bateau. Outre la belle plage de sable fin et blanc, un abri de pêche restauré est visible.

– Le fort des Anglais, bâti au 16è siècle sur le promontoire de Beg Lagate, au nord-est de l’île. Il n’en subsiste que quelques ruines éparses. L’emplacement des douves, masqué par la végétation, est ainsi difficilement visible.

– La pointe du Vieux-Château, au nord-ouest, doit probablement son nom à l’ancien emplacement d’un camp romain découvert ainsi au 19è siècle.

– La cale de Port Neuf, à mi-chemin entre le bourg et la pointe du Vieux Château fut construite en 1915, dans une crique semi-circulaire. Elle servait à accueillir le courrier via un navire effectuant la rotation îles du Ponant-Quiberon entre les deux guerres. Il n’en subsiste que quelques vestiges accrochés à la roche.

– Le hameau du phare à 600 mètres au nord-est du bourg, dont l’une de ses bâtisses comprend toujours la base du fanal, grosse lanterne servant de signal et la première de l’île, édifié en 1836. Il fut abandonné après l’inauguration du phare des Grands Cardinaux en 1879.

– Le hameau du Paluden à 150 mètres au sud du bourg, dont les maisons, parfois anciennes, occupèrent le site primitif du village, au Haut Moyen Âge. Celui-ci se serait ensuite transféré vers le promontoire nord, au Bas Moyen Âge.

– Le port d’Argol ou Port-Saint-Goustan situé sur la côte nord, bien abrité au fond de la rade de l’île, fut construit en 1973. Il est établi à 200 mètres du bourg. La digue principale est constituée d’enrochements et d’une travée centrale en béton armé. Il comporte un phare-veilleuse en son extrémité. Les bateaux de plaisance s’amarrent sur des tonnes ou le long d’un ponton récemment installé. Les unités de pêche mouillent juste derrière le môle. Les rotations maritimes avec le continent y sont assurées. À l’est, en allant vers Beg Lagate, une petite digue en béton armé des années 1930 tente de briser le ressac. Elle servit comme celle de Port-Neuf à accueillir le courrier.

– L’église Notre-Dame-la-Blanche.

Géographie :

Longue de 2 500 mètres et large de 800 mètres, elle s’étend sur 2 km2. Elle est située au cœur de Mor braz, dans l’océan Atlantique, au large de la côte Sud de la Bretagne, près des presqu’îles de Rhuys et de Quiberon, à 13 km à l’est de Belle-Île-en-mer, à 5 km au sud-est de l’île de Houat, et sensiblement à la même latitude que le port de La Turballe. Elle fait partie d’une ligne de crêtes granitiques qui comprend aussi la presqu’île du Croisic, les îles Dumet, Houat, Quiberon et Groix.

Elle est un plateau peu élevé et peu vallonné. Son altitude maximale est de 22 mètres au milieu de sa partie Est, sur le chemin qui conduit actuellement du bourg au hameau du Phare. Son socle est essentiellement constitué de granit et moins souvent de schistes. Sa côte est une alternance de criques sableuses et de pointes rocheuses de hauteur variable, en général plus marquée au nord qu’au Sud. Elle compte deux marais, l’un modeste, derrière la dune du nouveau port, l’autre, d’une vingtaine d’hectares, derrière la dune du vieux port. Outre l’île principale, la commune rassemble plusieurs îlots, essentiellement au sud-est, dont Roc’h Melen, Madavoar, les Cardinaux et les Mulons.

En raison du risque de submersion marine, la moitié de sa superficie pourrait être engloutie par l’océan, à long terme. Les deux tempêtes de fin octobre et début novembre 2023, notamment Ciarán, firent reculer la dune sud d’une dizaine de mètres, laissant la mer emporter toutes les ganivelles et détruire tous les aménagements d’accès à la plage. Le cordon dunaire menaçait de rompre et de permettre à l’eau de mer d’envahir les étangs. Le port de la Croix fut ensablé. La Pointe du Vieux-Château risqua de se transformer en île. La municipalité a déjà prévu une passerelle de 15 mètres de long pour pouvoir y accéder.

Longtemps, l’île associa la polyculture familiale, soit l’élevage et les jardins, à la ressource halieutique. La première disparut au milieu du 20è siècle, tandis que la deuxième, après avoir connut un second souffle dans les années 1980, perd de la vitesse aujourd’hui. Bien plus que sa voisine l’île de Houat, elle est dépendante en grande partie du tourisme. Comme sa voisine, la majeure partie de sa surface est désormais soumise à l’invasion des broussailles.

Selon l’Insee, en 2018, 73,4 % des logements y étaient des résidences secondaires. En 2020, elles ont atteint les 75,2 %.

Elle est une île sans voitures et peuplée d’une centaine d’habitants l’hiver. L’été, la population peut atteindre les 3 000 habitants avec les plaisanciers, touristes et campeurs. Elle est reliée au continent toute l’année par les bateaux de la Compagnie Océane et les bateaux de la Compagnie des îles lors de la saison touristique, liaisons à partir de Quiberon et de La Turballe.

Elle et l’île de Houat forment un ensemble Natura 2000 comprenant un site d’importance communautaire et une zone de protection spéciale de même périmètre.

Cf. Wikipédia.

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