La ficaire fausse-renoncule
By CR
Ficaria verna ou plus simplement ficaire, anciennement décrite par le naturaliste suédois Carl Linné sous le nom de Ranunculus ficaria, est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Ranunculaceae. Cette plante herbacée vivace est très commune en Europe, Asie de l’Ouest, Afrique du Nord, ainsi qu’en Amérique du Nord, soit États-Unis et Canada, où elle fut introduite au 19è siècle et considérée parfois comme invasive.
Son nom ficaire est dérivé du latin fīcus voulant dire « fic, verrue, hémorroïde ». L’épithète latin verna signifie printanier.
Ses nombreux noms vernaculaires attestent de sa popularité.
Couramment appelée « bouton d’or », comme plusieurs espèces de renoncules à fleurs jaunes, elle porte aussi le nom d’ « herbe aux hémorroïdes » en référence à ses tubercules qui évoquent les renflements des hémorroïdes, soit des veines anales dilatées, d’où l’utilisation pendant longtemps de ces tubercules contre la pathologie hémorroïdaire en vertu de la théorie des signatures. Elle était également appelée « petite Chélidoine », « petite Scrofulaire », Scrophularia minor, ou encore « herbe au fic », pensant jadis qu’elle était capable, à l’instar de la grande Chélidoine, de lutter contre les verrues et les petites lésions cutanées, ainsi comme la scrofule. De manière moins courante, elle est de même nommée « billonée », « clair-bassin », « épinard des bûcherons », « ganille », « grenouillette », « herbe du siège », « jauneau » ou « jaunereau », « petit bassinet », « pissenlit rond » ou « pissenlit doux », « pot au beurre », « petite éclaire » ou « éclairette », en raison de ses fleurs d’un jaune vif évoquant de petits soleils végétaux semblant être source de lumière, d’où l’utilisation de la plante comme antiophtalmique en vertu aussi de la théorie des signatures. Mais également, la forme de ses petits bulbilles (bourgeons renflés ou petits bulbes), surtout de ses petits tubercules, vaut à la plante d’être dénommée testiculus sacerdotis, soit « testicule de prêtre », ou mentula episcopi, « pénis d’évêque ». Au 16è siècle, elle est aussi appelée haneklootjes, « testicules de coq », en Hollande, macji mud, « couilles de chat », en Yougoslavie, kolon de tsïn, « testicules de chien », kolon de tsà, « testicules de chat », en patois de Bagnes en Suisse, ou encore « couilles de prêtre », dans plusieurs régions françaises et italiennes ; cette image grivoise faisant référence à l’abstinence des prêtres qui était supposée avoir une influence sur la taille de leurs testicules. Enfin, en Allemagne, elle était nommée scharbockskraut, signifiant littéralement « herbe au scorbut », se rapportant à son utilisation d’autrefois contre cette maladie et pendant les disettes, en raison de sa richesse en vitamine C.
Cette plante basse hémicryptophyte, s’étale sur 5 à 40 cm et monte de 5 à 25 cm. Sa souche à racines fasciculées est mêlée de tubercules renflés en massue. Sa tige souterraine porte de fines racines absorbantes fasciculées blanchâtres et ramifiées, plusieurs bourgeons et des racines brunes renflées, formant de petits tubercules, fusiformes ou claviformes, et arrondies au sommet. Certaines de ces racines tubérisées sont ridées et vidées de leurs réserves. Elles se séparent facilement et assurent une reproduction végétative, permettant à la plante de coloniser rapidement de nouveaux espaces. Ces tubercules stockent des sucres sous forme d’amidon au sein des amyloplastes. Consommés crus, ils sont toxiques.
La plante pratique la nyctinastie, c’est-à-dire que la fleur s’ouvre le matin et se ferme complètement le soir ; elle agit de même par temps humide ou très nuageux. Ce mouvement répondant à la variation du jour et de la nuit et destiné à protéger la plante du froid nocturne a ainsi un impact positif sur la croissance et un rôle de protection des organes reproducteurs, contre le froid et l’humidité. Par le processus d’exaptation, cette pratique joue aussi un rôle de défense contre les herbivores la nuit, sachant que les principaux consommateurs de ces fleurs, les limaces et les chevreuils, sont surtout actifs de nuit.
Il est possible de confondre la ficaire avec l’Éranthe d’hiver, une autre renonculacée basse à fleurs jaunes qui fleurit un peu plus tôt dans l’année, de janvier à mars, et dotée d’un involucre (collerette d’écailles) formé de deux bractées foliacées et découpées. La confusion est également possible avec la Populage des marais, cette dernière se caractérisant par des feuilles orbiculaires (sommet plus arrondi) cordées mais denticulées, des fleurs plus grosses à 5 sépales jaunes sans pétales, et une situation en prairies humides, en bordure de ruisseaux ou de tourbières de pente.
Géophyte et nitrophyte, la ficaire a une distribution eurasiatique et subocéanique. Cette espèce aussi thermophile recherche des microclimats un peu frais et se développe de préférence dans des stations à bilan hydrique favorable, d’où son nom vernaculaire de « grenouillette », soit des sous-bois frais, des forêts de feuillus, des lisières, des bords de rivières, des haies, des talus, ainsi que des prés allant jusqu’à 1 600 mètres d’altitude en Europe tempérée. Elle fait partie des plantes bioindicatrices, informant d’un engorgement du sol en eau avec une matière organique d’origine principalement végétale qui se décompose mal. Le sol s’asphyxie alors et des hydromorphismes peuvent apparaître. En France, elle a ces alliances phytosociologiques, soit l’égopode podagraire, Aegopodion podagrariae, l’aulne blanc, Alnion incanae, le frêne, Fraxino excelsioris, le chêne pédonculé, Quercion roboris, le grand pétasite, Petasition officinalis, et le peuplier blanc, Populion albae. Plante hémisciaphile à sciaphile, elle indique souvent un sol riche et drainé en dehors de ces contextes.
Dans de nombreuses régions de l’Est et du Nord-ouest des États-Unis et du Canada, elle est considérée comme une plante envahissante. Elle constitue une menace pour la flore sauvage indigène, en particulier les fleurs éphémères ayant un cycle biologique à floraison printanière. Ayant un développement beaucoup plus précoce que la plupart des espèces indigènes, elle s’établit et domine rapidement les zones naturelles. Elle a des effets allélopathiques diminuant ainsi la germination et la reproduction d’autres plantes. Ce phénomène pose un problème principalement dans les forêts alluviales, où elle forme de vastes tapis, mais aussi dans des sites de montagne. Lorsqu’elle est bien établie, les espèces indigènes sont déplacées et le sol reste nu, exposé à l’érosion, de juin à février, pendant la phase de dormance de la plante.
Aux États-Unis, où la ficaire est considérée comme une mauvaise herbe des jardins, des pelouses et des espaces naturels, de nombreuses agences gouvernementales ont fourni de grands efforts pour tenter le ralentissement de sa propagation, avec un succès limité. En 2014, l’espèce était signalée comme invasive et établie dans 25 États. Le Service d’inspection sanitaire des animaux et des plantes (Animal and Plant Health Inspection Service, APHIS), agence du département de l’Agriculture des États-Unis (United States Department of Agriculture, USDA) chargée de protéger la santé et la valeur de l’agriculture et des ressources naturelles américaines, l’estime même comme une mauvaise herbe à haut risque qui pourrait se propager dans 79 % du territoire américain, anticipant les impacts possibles sur les espèces menacées des zones ripariennes. Le service Plant Conservation Alliance du Service des parcs nationaux (US National Park Service) recommande d’éviter de la cultiver et de planter à sa place des fleurs sauvages éphémères indigènes, telles que l’asaret du Canada, Asarum canadense, la sanguinaire du Canada, Sanguinaria canadensis, , le Jeffersonia diphylla et diverses espèces de trillium.
Concernant sa toxicité, elle l’est à l’état adulte en cas d’ingestion crue, ainsi que potentiellement mortelle pour les animaux de pâturage et d’élevage tels que les chevaux, les bovins et les moutons. Pour ces raisons, plusieurs États américains ont interdit la plante répertoriée comme une mauvaise herbe nuisible.
Toutes les plantes de la famille des renoncules contiennent la proto-anémonine. Le contact avec les feuilles endommagées ou écrasées de la ficaire peut provoquer des démangeaisons, des éruptions cutanées ou des cloques sur la peau ou les muqueuses. L’ingestion de la toxine peut provoquer des nausées, des vomissements, des étourdissements, des spasmes, voire une paralysie. Il a été montré que l’ingestion de ficaire, anciennement petite chélidoine, non traitée sous forme de tisane en remède à des hémorroïdes peut causer une hépatite aiguë et une jaunisse qui régresse dès la fin de l’absorption. La racine contient également des composés toxiques, l’acide ficarique et la ficarine.
Cette toxicité explique qu’elle est, comme les renoncules, un symbole de danger dans le langage des fleurs.
Cependant, ses jeunes feuilles, au goût acidulé et légèrement épicé, furent souvent consommées crues, en salade, ou cuites, en velouté, blanchies, en légumes. Ces jeunes feuilles ne sont généralement pas excessivement âcres, mais mangées seules, elles laissent parfois une sensation de picotement et d’irritation dans la gorge en raison de la présence de proto-anémonine, d’où la recommandation de ne pas consommer des salades entières de feuilles crues, mais de les mélanger avec d’autres végétaux. De même, les tubercules cuits à l’eau salée, au goût de pomme de terre ou de riz, fourniraient un plat, paraît-il assez fin et roboratif, comme l’atteste la découverte de tubercules carbonisés sur des sites néolithiques européens. L’abondance de bulbilles qui se développent sous de bonnes conditions, et restent sur le sol lorsque la plante disparaît en été, donna naissance à la superstition populaire d’une « pluie de pomme de terre » ou de « pluie de blé ». Ses boutons floraux conservés dans du vinaigre peuvent faire office de câpres. La dessiccation détruit également la proto-anémonine qui se transforme en anémonine, substance non vésicante, mais la plante est à consommer avec modération car elle peut générer des troubles digestifs. Ses fleurs peuvent être également utilisées en décor, mais avec modération.
En Europe, les gens recouvraient la plante de vieilles feuilles ou de sciure de bois au début du printemps, ce qui les faisant blanchir, empêchant la synthèse de chlorophylle et de proto-anémonine.
Elle possède des vertus médicinales. Elle contient des flavonoïdes tels que la quercétine et la rutine ayant des activités anti-inflammatoires et antioxydantes. Elle renferme aussi des hétérosides aux propriétés vasoconstrictrices, ce qui lui confère des vertus antihémorroïdales, d’où son nom vernaculaire d’ « herbe aux hémorroïdes », excluant de ce fait le recours aux suppositoires. En phytothérapie, certains ouvrages orientés dans ce domaine proposent la confection d’une pommade à partir de cette plante médicinale. Elle est récoltée en décembre, laissée à sécher quelques jours, pressée très fortement pour en récupérer la sève, assez pour en produire 1 ou 2 cl, et mélangée dans une à deux cuillères à café de saindoux fondu, la préparation étant prête à l’usage une fois solidifiée. D’ailleurs, l’histoire de la marque Yves Rocher commence avec cette plante comme se plaît à souligner l’entreprise : le jeune homme âgé de 14 ans rencontre une vieille guérisseuse qui lui confie la recette d’une pommade hémostatique à base de ficaire. Il décide de fabriquer artisanalement cette pommade dans le grenier familial et de la vendre directement aux utilisateurs, par l’intermédiaire de petites annonces dans Ici Paris.
Faiblement toxique sur la peau, elle peut toutefois provoquer des irritations ou des inflammations, pouvant conduire à l’apparition d’une ampoule par simple contact. Pour ces raisons, son usage devrait être réservé à une application externe.
Ainsi riche en vitamine C, elle aurait été utilisée par les bûcherons, d’où son nom vernaculaire d’ « épinard des bûcherons » et les marins en prévention contre le scorbut en la mélangeant à leur sel.
La ficaire printanière donne des akènes qui se fait claquer entre les doigts, d’où son nom en breton boked-bistrak, « fleur à claquer ».
Des fermiers pensaient autrefois se garantir une bonne production laitière en suspendant sa racine dans les étables ; les tubercules souterrains ayant souvent la forme de tétines de vaches et les fleurs évoquant la couleur du bon beurre, en raison de leur richesse en pigments caroténoïdes.
Avant le développement des techniques analytiques détectant facilement la fraude, une tromperie consistait à colorer le beurre de printemps avec des fleurs de renoncules ou de ficaire, ce qui pouvait donner lieu à des empoisonnements.
Enfin son cycle de vie présente une période d’activité végétative en hiver avec le débourrage des bourgeons, à l’origine des premières feuilles qui percent le sol en novembre, et la mise en place des racines absorbantes en automne ; croissance de l’appareil végétatif assurée par l’énergie issue de l’hydrolyse de l’amidon stocké dans les racines tubérisées qui se rident, où à ce stade, les racines tubérisées se comportent comme des organes sources qui assurent la croissance de la plante. Faisant partie des premières renoncules printanières, l’appareil végétatif aérien sèche peu après la floraison, ne laissant au mois de mai que les nouvelles racines tubérisées.
Elle connaît une période de dormance estivale lui permettant de survivre en utilisant très lentement l’eau disponible et/ou en supportant un niveau de déshydratation important. La fin de ce stade est liée aux facteurs externes environnementaux, 15°C maximum pendant au moins 10 à 12 semaines, dont ces conditions sont réunies en automne.
Sa floraison est éphémère, entre février et avril ou mai, mais avec le réchauffement climatique, elle se décale en janvier, où la printanière précoce devient une fleur hivernale. Son apparition dans le paysage est considérée par beaucoup comme un signe avant-coureur du printemps.
Cf. Wikipédia.


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