Inde et Bangladesh : des litchis tueurs

Alors que l'Europe a les yeux rivés sur les œufs contaminés au fipronil en provenance des Pays-Bas, des enfants au nord de l'Inde ainsi qu'au Bangladesh décèdent dans des circonstances mystérieuses. Et ce depuis plus de 20 ans.
Chaque année aux mois de mai et juin, depuis les années 90, au nord-est de l'Inde et au Bangladesh, des centaines d'enfants sont hospitalisés avec de la fièvre, des convulsions et des troubles de la conscience. Près de 40 % d'entre eux meurent d'une encéphalopathie hypoglycémique, c'est-à-dire une maladie inflammatoire touchant une partie du cerveau et liée à une diminution anormale et prolongée de la concentration sanguine en glucose. Et inexplicablement, au mois de juillet, l'épidémie prend fin aussi rapidement qu'elle est venue. Des scientifiques tentaient de résoudre cette énigme depuis cette époque.

En février 2017, le Centre national indien de lutte contre la maladie de Delhi et le Bureau indien des centres pour le contrôle et la prévention de la maladie, basé à Atlanta aux États-Unis, a annoncé avoir enfin résolu le mystère. La cause serait des toxines contenues dans les graines de litchis, fruits préférés des enfants de la région. Le fruit contient un taux d'hypoglycines élevé et nocif pour la santé, lorsqu'il est consommé avant maturité. Et l'effet en est même intensifié s'il est ingéré le ventre vide, ce qui est la majorité des cas de ces enfants issus de familles pauvres. Les conséquences pourraient donc aller jusqu'à l'hypoglycémie aiguë et même à l'encéphalopathie mortelle.
Cependant, en juillet dernier, d'autres scientifiques ont remis en cause ce résultat. Dans un communiqué, Saiful Islam, un scientifique au Centre international de recherche sur les maladies responsables de diarrhées à Dacca et principal auteur de ces travaux, a déclaré : "Notre enquête suggère que cette toxine seule n'ait pas pu provoquer cette inflammation cérébrale mortelle chez 14 enfants au Bangladesh. […] La maladie mortelle a été provoquée le plus probablement par une exposition multiple à des substances agrochimiques très toxiques. […] Ces décès se sont produits au moment de la récolte des litchis et de leur consommation partout au Bangladesh. Si les graines étaient en cause, il y aurait eu d'autres cas à travers le pays, pas seulement à un seul endroit."

L'équipe scientifique de Saiful Islam ainsi que des scientifiques des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) ont réalisé une étude approfondie des 14 cas de ce syndrome cérébral chez les enfants âgés de 1 à 12 ans signalés en juin 2012 dans le district de Dinajpur dans le nord du Bangladesh. 13 d'entre eux habitaient soit au milieu des arbres fruitiers ou à moins de 10 mètres d'un verger. Un seul a survécu. Ils ont alors découvert qu'au moment du pic de l'épidémie, les producteurs de litchis utilisaient de l'endosulfan, un insecticide "hautement toxique" interdit dans plus de 80 nations en raison de ses effets neurotoxiques, une stimulation accrue du système nerveux central.
Version que de son côté le Centre national indien de lutte contre la maladie de Delhi et le Bureau indien des centres pour le contrôle et la prévention de la maladie réfute. Il avait déclaré en février 2017 avoir déjà étudié la piste des pesticides sur les cultures de litchis, sans résultat concluant.
Commentaires
Enregistrer un commentaire